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2013 : la crise politique domine l’actualité en Tunisie

Tout au long de l’année 2013, la Tunisie aura vécu sous le poids d’une crise politique grave qui a laissé son empreinte sur la situation socio-économique du pays accablé aussi par une menace terroriste qui gronde pour porter un coup à sa stabilité et freiner son processus de transition.

Les forces de l’opposition laïques n’ont pas tari en critiques acerbes sur le parti islamiste au pouvoir lui reprochant la "mauvaise gestion des affaires du pays" et sa "tolérance" vis-à-vis des courants extrémistes accusés d’être à l’origine des actes de violence qui secouent le pays. Des accusations qui seront rejetées en bloc par les dirigeants du parti.

L’assassinat du député Mohamed Brahmi, en juillet dernier, viendra attiser la tension entre le gouvernement transitoire dirigé par Ali Larayedh, du parti islamiste Ennahda, et les forces de l’opposition laïques. Cet assassinat sera le second après celui qui aura coûté la vie en février de la même année, à l’homme politique Chokri Belaid.

Les partis de l’opposition n’hésiteront pas à pointer du doigt la Troika au pouvoir l’accusant d’"attermoiement" quant à la rédaction de la nouvelle constitution dans le seul but de faire "perdurer" la période de transition tout en lui reprochant de procéder à des désignations partisanes dans les rouages de l’Etat "pour ficeler les opérations de fraude lors des prochaines élections".

Les dirigeants du parti au pouvoir ont affirmé que le peuple tunisien "avait voté en leur faveur en toute démocratie et ils ne peuvent par conséquent, se dérober de leurs responsabilités pour exaucer la volonté de l’opposition sous peine de faire sombrer le pays dans l’inconnu".

De longs mois durant, les sympathisants des deux parties investiront les rues à travers les différentes régions du pays enclenchant ainsi un fleuve de manifestations et de sit-in interminables.

Face à cette atmosphère de tension sans cesse grandissante, les parties antagonistes ont convenu enfin de s’asseoir à la table de négociations pour trouver une sortie de crise à la faveur d’une médiation du quartette qui devra superviser le dialogue sur la base d’une feuille de route bien établie.

Entre autres exigences de ce document, il y a lieu de souligner la démission de l’exécutif Larayedh pour lui substituer une équipe de compétences conduite par une personnalité nationale indépendante et dont les membres s’abstiendront de se présenter aux prochains rendez-vous électoraux.

Tout comme il fixe les délais pour la mission de l’Assemblée nationale constituante (ANC) pour l’adoption de la nouvelle constitution et la formation d’une haute instance indépendante pour les élections outre la promulgation de la loi électorale tout en fixant la date des élections générales.

Prélude d’une sortie de crise politique ?

Après que les rounds du dialogue national ont achoppé sur des difficultés nées essentiellement da la divergence persistante autour de la personnalité devant diriger le prochain gouvernement, les parties antagonistes ont fini par se mettre d’accord sur la désignation de M. Mehdi Jomaâ, ministre de l’Industrie dans le gouvernement Larayedh.

Ce dernier aura pour mission première la formation d’un gouvernement de technocrates pour gérér la période de transition ou du moins ce qu’il en reste, et conduire le pays vers les élections, la finalisation de la rédaction de la nouvelle constitution et la formation de l’instance électorale sans omettre le calendrier des prochaines élections.

Prémice de soulagement, la classe politique voit d’un bon œil cette désignation dans le sens où elle la considère comme un "premier pas" vers le "départ du parti islamiste Ennahda" durant les semaines à venir conformément à la feuille de route qui tend à mettre fin à la crise politique qui accable la Tunisie depuis plusieurs mois.

Cependant et pour un éventuel départ, le parti Ennahda posera une condition liée à l’adoption de la prochaine constitution et la fixation de la date des élections.

Conformément au calendrier retenu lors du dialogue national, l’adoption de la nouvelle constitution devrait se faire dès la prise de fonctions du nouveau gouvernement d’ici le 14 janvier 2014.

Des défis sécuritaires imposants

C’est sous le spectre de la menace sécuritaire que vivra dès lors la Tunisie. Les attaques terroristes contre les organes de sécurité ne cesseront de se multiplier. La priorité pour l’armée n’est autre que le démantèlement des réseaux terroristes à travers de larges campagnes de ratissage avec pour seul objetif l’élimination des foyers de l’organisation "Ansar Echariaâ" obstinée à passer à l’étape suivante de son plan en menant des attaques contre les structures du secteur touristique connu pour être l’épine dorsale de l’économie tunisienne.

Ces attentats vont amener le président par intérim, Moncef Marzouki, a prendre une batterie de mesures portant particulièrement sur la prorogation de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis la destitution de l’ancien président Zine Al Abidine Ben Ali, un 14 janvier 2011.

Les hautes autorités en Tunisie s’emprèssent alors d’arrêter des dispositions pour l’instauration de régions pour les opérations militaires à travers l’ensemble du territoire tunisien et contrecarrer la menace terroriste et le trafic d’armes et de stupéfiants. Ces mesures viendront se greffer aux dispositions exceptionnelles visant la proclamation d’une zone tampon tout au long de la bande frontalière au sud de la Tunisie.

A ce propos, le Président Marzouki a tenu à souligner la nécessité d’une "approche réfléchie et à facettes multiples devant impérativement englober les aspects sécuritaire, intellectuel, éducatif, économique et religieux pour pouvoir venir à bout du phénomène du terrorisme et d’extrémisme".

Le rapport du "groupe international de gestion des crises" révèlera quant lui, que la guere en Libye n’était pas sans "conséquences sécuritaires" et que les groupes armés sur les frontières qui ont mené une attaque contre les agents de la sécurité tunisiens représentaient dorénavant une "menace terroriste" sérieuse" pour la Tunisie.

De leur côté, les experts militaires tunisiens mettront l’accent sur l’impact régional et les craintes et appréhensions générées par la prolifération et le trafic d’armes en provenance de Libye outre le retour des groupes terroristes combattants de Syrie qui "ont reçu une formation complètement différente de celle de la guerre des rues".

Tendance haussière du déficit courant et commercial

Au plan économique, la Tunisie a vécu une situation d’une extrême gravité en raison des grèves multiples et du blocage de nombre d’entreprises ne pouvant que déteindre négativement sur la dynamique économique, la machine de production et les opérations d’exportation.

La Banque centrale tunisienne a mis en garde contre la poursuite de l’accroissement du déficit courant et commercial qui finira fatalement par influer sur les équilibres financiers du pays d’autant plus que le déficit courant a atteint un taux de 7,1% du produit national brut (PNB) durant les onze derniers mois.

Le déficit commercial maintiendra, à son tour, sa tendance haussière pour atteindre 598,75 millions de dollars par mois.

Le taux d’inflation moyen a atteint 6,1% durant les onze mois de l’année 2013 contre 5,5% pour la même période de l’année précédente.

D’autre part, le projet de loi de finances 2014 suscitera une large polémique dans le pays à cause des dispositions qu’il renferme et qui visent à "éliminer la classe moyenne".

Le projet de loi fera ainsi l’objet de critiques sévères des partis politiques et organisations syndicales au moment où le gouverneur de la Banque centrale tunisienne, Chadli Layari, affirme que le texte "a été rédigé sans programme de développement aux contours clairs".

A ce sujet, le Fonds monétaire international (FMI) a fait part de son "inquiétude" à l’égard de la poursuite de la crise politique en Tunisie chose qui pourrait "retarder" l’application du plan d’aide approuvée par ce dernier en juin 2013 en faveur de la Tunisie. Une aide estimée à 1,7 milliard de dollars.

Selon l’institution financière internationale, le défi majeur qui se pose à l’heure actuelle pour la Tunisie réside dans le maintien de la stabilité des macro-équilibres de l’économie et la garantie de la progression de l’application du programme de réformes, facteur indispensable pour regagner la confiance des investisseurs.

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