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A court d'argent, l'Egypte tend la main aux magnats liés à l'ancien régime

 
 Plus de deux ans après un soulèvement  populaire alimenté par la corruption de l’ancien régime, le gouvernement  islamiste en Egypte, à court d’argent, tend la main aux hommes d’affaires  désireux de monnayer leur absolution.    Le président Mohamed Morsi, qui doit faire face à une grave crise  économique, a récemment encouragé la réconciliation avec ces hommes d’affaires.    La présidence a envoyé "un message positif aux hommes d’affaires pour les  encourager à régler leur situation légalement, et l’Etat est très favorable à  leur participation", a déclaré le porte-parole de la présidence Ihab Fahmy.    Ces déclarations interviennent après la levée des restrictions imposées aux  milliardaires de la famille Sawiris, accusés de fraude fiscale, suite à un  accord avec le fisc portant sur le paiement d’un milliard de dollars sur 5 ans,  dont 357 millions immédiatement.    Les autorités sont maintenant en négociations avec l’homme d’affaires  Hussein Salem, jugé par contumace pour corruption aux côtés du président déchu  Hosni Moubarak.    M. Salem, un ancien proche associé de M. Moubarak, a fui vers l’Espagne  après la révolte de 2011. Il a déjà été condamné pour corruption à 15 ans de  prison dans un autre procès.    Le parquet a annoncé que M. Salem s’était dit prêt à renoncer à 75% de la  fortune de sa famille en Egypte et à plus de la moitié de ses propriétés et  richesses à l’étranger. Le parquet réclame aussi que les anciens partenaires de  M. Salem renoncent aux poursuites qu’ils ont intentées contre l’Egypte après  des annulations de contrats.     L’avocat de M. Salem, Tarek Abdel Aziz, cité par la presse locale, a estimé  la fortune de son client à 1,6 milliard de dollars.    Les accords avec ces anciens magnats sont rendus possibles par un décret  promulgué par l’armée, pendant les 18 mois d’intérim entre la chute de M.  Moubarak et l’élection de M. Morsi, qui laisse ouverte un accord avec le  parquet tant que les condamnations pour corruption restent susceptibles d’appel.    Selon des économistes, cette ouverture vise à trouver des fonds pour  soutenir une économie très mal en point depuis la révolte.    L’Egypte est en effet confrontée à une baisse des revenus du tourisme, à un  effondrement des investissements étrangers en raison du climat d’instabilité et  à une fonte des réserves en devises de la Banque centrale.    "L’accord passé par le gouvernement avec la famille Sawiris (…) couvre  presque entièrement une partie importante du budget, les paiements de la  sécurité sociale", dit Ahmed al-Sayyed al-Naggar, un expert au Centre Al-Ahram  pour les études politiques et stratégiques, financé par le gouvernement.    Pour lui, ces tractations ne sont pas non plus exemptes d’arrière-pensées  politiques: les Frères musulmans, dont est issu l’actuel président, "pensent  que les hommes d’affaires de Moubarak sont capables de financer des campagnes  électorales contre eux".    Abdel Hafez al-Sawy, membre de la commission économique du Parti de la  Liberté et de la Justice (PLJ), né des Frères musulmans, défend ces accords  controversés tant que "les fonds de l’Etat ne sont pas perdus et qu’ils sont  faits dans la légalité".    "Nous avons un taux de chômage de plus de 13% et un déficit budgétaire",  explique-t-il à l’AFP. "Est-il dans notre intérêt de continuer avec cette  stagnation pour les années à venir ou de nous réconcilier, dans le cadre d’un  cadre juridique, pour bénéficier à l’économie"?.    Pour Nasser Amin, président du Centre arabe pour l’indépendance judiciaire,  "il y a un souhait politique de réconciliation avec les hommes d’affaires  affiliés avec l’ancien régime, pour les garder en Egypte".    Mercredi à la télévision, M. Morsi a lancé un appel plus large à l’unité  nationale: "Regardons vers l’avant, pas vers l’arrière. Réconcilions-nous avec  ceux qui cherchent la réconciliation, y compris les investisseurs et les hommes  d’affaires". 

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