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A Khost, l'affaire « Bilal » déchaîne les passions antiaméricaines

  •    Il est 23h00, mercredi 17 décembre, lorsqu’une unité des forces spéciales américaines prend d’assaut les maisons du docteur Bilal Hassan et de sa famille à Kundi, au pied des montagnes enneigées de la province de Khost.
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  •    "Les Américains sont entrés sans prévenir. Ils ont d’abord tué un de mes neveux, Amin, 14 ans, qui dormait près d’un fusil", raconte à l’AFP le docteur Bilal, employé au département de la Santé de la province.
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  •    La famille a été réveillée en sursaut. "Mon frère est sorti avec un fusil. Il a été abattu, comme sa femme, qui le suivait", poursuit-il. Une autre belle-soeur a été touchée à la moelle épinière. Elle est restée paraplégique.
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  •    "Ils ont alors lâché leurs chiens", qui se sont jetés sur les cadavres, dont ils ont "arraché des doigts", puis ont mordu la belle-soeur déjà blessée et un enfant de 5 ans. "Tout le monde criait, pleurait", se souvient le docteur Bilal.
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  •    La fouille a duré près de cinq heures. "Des Américains ont eux-mêmes fouillé nos femmes", un crime dans la culture pachtoune locale, souligne-t-il, ajoutant: "Ils ont pris nos économies, des bijoux, toutes nos armes de défense, et mêmes des papiers de propriété foncière… Pourquoi tout ça ?".
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  •    Deux jours plus tard, l’armée américaine a affirmé dans un communiqué avoir mis la main sur un "réseau lié à Al-Qaïda", expliquant que les "rebelles" avaient ouvert le feu sur ses soldats.
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  •    A Khost, nombre de sources, y compris étrangères, qui ont enquêté sur l’affaire corroborent la version du docteur Bilal.
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  •    Et un mois et demi après, il ne reste pas grand chose du "réseau lié à Al-Qaïda".
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  •    Quatre des cinq "rebelles" arrêtés ont été relâchés. Admettant en partie sa bavure, l’armée américaine a versé 225.000 afghanis (4.500 dollars) au docteur en compensation, a précisé ce dernier.
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  •    Pas de quoi apaiser sa colère, d’autant que les Américains n’ont pas rendu ce qu’ils avaient saisi ni libéré son neveu, Ahmed Noor, chauffeur à Dubaï.
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  •    Bilal Hassan aimerait au moins que l’armée américaine "admette qu’elle s’est trompée", qu’elle a été manipulée par les "communistes", ses anciens rivaux des années 1980 (eux soutenaient les occupants soviétiques, lui les combattait). "J’ai un litige foncier avec eux, et ce sont eux qui m’ont dénoncé", affirme-t-il.
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  •    Les "communistes" sont nombreux dans la police locale. Coïncidence ou non, "la police m’a dit que Bilal était lié à la rébellion", a indiqué à l’AFP une source étrangère proche du dossier.
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  •    L’affaire a pris un tour politique lorsque le 23 décembre, le président afghan est venu à Khost prier pour les morts avec la famille de Bilal Hassan.
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  •    Hamid Karzaï y a prononcé un discours très dur contre les raids nocturnes de ses alliés américains, salué par une population qui ne cache plus son exaspération, voire sa haine des GI’s et de leurs "bavures répétées".
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  •    Sa venue a exaspéré les Américains. "Pourquoi M. Karzaï ne fait-il pas la même chose quand les talibans tuent des innocents ?", fulmine le commandant Patrick Seiber, l’un des porte-paroles américains à Khost, pour qui "l’opération était justifiée".
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  •    "Karzaï ne serait pas venu à Khost s’il n’y avait pas des élections cette année", remarque un spécialiste occidental de la province…/…
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  • …/… Ahmad Noor, chauffeur à Dubaï et "terroriste présumé" pour les Américains 
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  • Seul suspect toujours détenu à la suite de l’opération contre la famille du docteur Bilal Hassan, Ahmad Noor, est présenté par les Américains comme un membre actif d’Al-Qaïda, une accusation  démentie par sa famille qui le décrit comme simple chauffeur à Dubai.
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  •    "Mon neveu, comme nous tous, n’a jamais été taliban. Il travaille comme chauffeur à Dubai, où il a toujours habité. Il était venu nous voir en vacances", affirme son oncle, en présentant à l’AFP des copies de documents.
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  •    La première, celle de son passeport afghan (n°970593), montre un jeune homme sérieux, cheveu court et fine moustache, et un permis de résidence permanente à Dubai toujours en cours.
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  •    La seconde, une lettre à en tête de son employeur, qui produit de l’eau en bouteille aux Emirats arabes unis, "certifie" que "Ahmed Noor Nawab Hussain travaille dans la société comme chauffeur depuis le 1er mai 2007, et est en congés annuel depuis le 6 août 2008".
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  •    Joint au téléphone à Dubai, un responsable de la société a confirmé à l’AFP qu’Ahmad Noor était bien employé chez elle comme chauffeur.
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  •    Pour l’armée américaine, en revanche, Ahmad Noor était "l’individu visé" par son raid nocturne qui visait à "perturber le réseau Al Qaïda" dans la province de Khost, selon un communiqué militaire publié deux jours après l’opération.
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  •    Cinq jours après l’opération, le docteur Bilal a participé à une réunion avec des responsables militaires américains locaux. "Ils m’ont répondu qu’ils avaient arrêté chez moi un militant d’Al-Qaïda qu’ils recherchaient depuis deux ans, un certain Hamid", raconte-t-il.
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  •    "De notre point de vue, l’opération était justifiée", a déclaré à l’AFP le commandant Patrick Seiber, l’un des porte-paroles de l’armée américaine à Khost.
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  •    Aucune preuve de la culpabilité d’Ahmad Noor, qui serait détenu à la base de Bagram, au nord de Kaboul, n’a été avancée jusqu’ici.
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  •    "Sa culpabilité ne nous semble pas évidente. Mais l’enquête se poursuit", a déclaré à l’AFP le chef de la police antiterroriste de Khost, Razuddin.
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  • Ennaharonline/ AFP  

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