En direct

Accusée d'être une menace pour ses voisins, la Libye ne peut porter seule le chapeau

      Etat faible, frontières poreuses, prolifération d’armes: si la Libye est accusée d’être devenue une source  d’instabilité pour ses voisins du sud, il serait abusif de lui faire porter  seule le chapeau, estiment des experts.    Le président nigérien Mahamadou Issoufou avait indiqué que les assaillants  qui ont commis le 23 mai deux attentats suicide au Niger venaient du Sud  libyen. Selon lui, ils préparaient parallèlement une "attaque" contre le Tchad.     Le Premier ministre libyen Ali Zeidan a démenti ces "allégations sans  fondements", répétant que son pays "ne pourrait devenir en aucun cas une source  de souci ou de déstabilisation pour ses voisins" du sud, en proie eux-mêmes à  l’instabilité depuis des années.    Des experts et des diplomates occidentaux estiment toutefois que le Sud  libyen serait devenu ces derniers mois l’un des sanctuaires où se sont  reconstituées les cellules jihadistes après que les mouvements islamistes armés  ont été délogés du nord du Mali depuis janvier par une opération militaire  franco-africaine.    Selon Fraj Najem, directeur du centre africain des études à Tripoli, les  accusations du président nigérien "sont sans fondements".     "Le Mali n’est pas frontalier avec la Libye, ce qui constitue un obstacle  pour l’arrivée des combattants dans le Sud libyen", a-t-il expliqué.    Néanmoins, d’autres experts estiment que les groupes jihadistes chassés du  Mali pourraient y arriver en transitant par les pays frontaliers comme le Niger  ou l’Algérie, profitant du chaos régnant après le conflit libyen de 2011 qui a  renversé le régime de Mouammar Kadhafi.    "Le sud-ouest de la Libye est contrôlé par les Toubous" qui n’ont pas de  rapport avec les mouvements islamistes, rétorque M. Najem.    "A noter aussi que les Touareg de l’Azawad et d’Ansar Dine du Mali ne  pourront pas retourner en Libye car ils avaient combattu aux côtés des troupes  pro-Kadhafi, et de ce fait, ils sont recherchés" par les ex-rebelles libyens,  qui n’ont pas déposé les armes, a-t-il ajouté.    Les Toubous, à la peau noire, qui vivent sur un territoire à cheval sur la  Libye, le nord du Tchad et du Niger, contrôlent, aux côtés de plusieurs milices  d’ex-rebelles, une grande partie de la zone frontalière sud, un no man’s land  désertique où fleurissent la contrebande, le trafic d’armes et l’immigration  clandestine.    En décembre, les autorités libyennes ont décidé de fermer les frontières  sud communes avec le Tchad, le Niger, le Soudan et l’Algérie, confiant à sa  jeune armée mal équipée une mission quasi-impossible.    M. Najem reconnait la faiblesse de l’Etat libyen qui "n’existe que par le  nom et n’a aucune emprise sur le terrain et de ce fait, le contrôle des  frontières lui échappe". "Ce sont les thowars qui détiennent le véritable  pouvoir", dit-il.    Mais pour l’analyste politique libyen Hassan Indhar, les voisins du sud ne  sont pas dans une meilleure posture.    "Les autorités nigériennes, tchadiennes, soudanaises et maliennes sont  confrontées depuis plusieurs années à l’instabilité due à des rébellions armées  et des tentatives de coups d’Etat et n’arrivent pas non plus à contrôler leurs  frontières", a indiqué M. Indhar à la télévision libyenne al-Hurra.     Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a appelé lundi  au Niger à "une action commune" contre les "groupes terroristes" dans le pays,  demandant "un effort particulier, ce qui est souhaité d’ailleurs par la Libye,  sur le sud de la Libye".    Claudia Gazzini, analyste de l’International Crisis Group pour la Libye,  n’a pas écarté de son côté que les auteurs des deux attentats du Niger soient  venus de la Libye, dont "les frontières sont poreuses en l’absence de forces de  sécurité gouvernementales, en particulier dans le sud".    "Il y a aussi des soupçons fondés sur certains groupes islamistes qui  auraient établi des bases dans le sud après avoir été délogés du Mali".    "Toutefois, en faisant porter au seul gouvernement libyen la  responsabilité, comme l’a fait le président nigérien, on risque de détourner  l’attention des racines du problème, qui sont étroitement liés au Niger et au  rôle de la France dans la guerre du Mali", a-t-elle dit.    M. Najem a estimé par ailleurs que "les déclarations du président nigérien  relèvent d’un bras de fer entre le Niger et la Libye, qui réclame l’extradition  de Saadi Kadhafi", fils de Mouammar Kadhafi. Saadi avait trouvé refuge au Niger  lors du conflit armé de 2011.    Ali Zeidan a demandé de nouveau mercredi à Niamey de lui livrer Saadi  Kadhafi et d’autres dignitaires de l’ancien régime. 

commentaires

commentaires

Articles en lien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Le contenu est protégé !!