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Afghanistan: conférence à Tokyo pour éviter la chute de l'aide après 2014

   

 Les bailleurs de fonds internationaux de  l’Afghanistan se réunissent dimanche à Tokyo pour fixer le montant de leur aide  après le retrait de l’Otan à la fin 2014, et éviter un effondrement des dons  qui serait catastrophique pour la population selon nombre d’ONG.    En échange de ces promesses, annoncées de l’ordre de 3 à 4 milliards de  dollars par an, les représentants de plus de 7O pays exigeront du gouvernement  afghan des progrès en matière de gouvernance, notamment contre la corruption.    Plus de dix ans après avoir renversé le régime des talibans, la communauté  internationale, emmenée par les Etats-Unis, a déboursé entre 47 et 60 milliards  de dollars d’aide en Afghanistan, selon les sources interrogées, sans pour  autant y ramener la paix et la stabilité, faute de vaincre la tenace rébellion  talibane.    Cette aide reste de loin la principale ressource d’un pays à l’économie  exsangue après trois décennies de conflit.    D’après la Banque mondiale, les dépenses militaires ou de développement de  la communauté internationale représentaient plus de 95% du PIB afghan en  2010-2011.    Or le contexte a changé depuis deux ans et l’annonce du retrait d’ici la  fin 2014 des troupes de l’Otan, bras armé de l’intervention occidentale.    Mi-juin, le président Hamid Karzaï a appelé les donateurs à ne pas  abandonner son pays et à lui verser 4 milliards de dollars par an d’aide  civile, en plus des 4,1 milliards déjà promis lors de la conférence de Chicago  pour les seules dépenses de sécurité. Cette aide civile sera au coeur des  discussions dimanche.    "Les Afghans ont le vertige devant l’appel d’air causé par le départ des  troupes étrangères", observe un diplomate occidental.    Le ministre japonais des Affaires étrangères Koichiro Gemba, qui  coprésidera la conférence, a dit espérer des promesses d’aide d’au moins 3  milliards de dollars par an. Plusieurs sources occidentales à Kaboul ont elles  espéré arriver à 3,9 milliards.    La seule Union européenne prévoit de garantir à Kaboul une aide annuelle de  ,5 milliard de dollars au cours de la prochaine décennie, et même de  l"améliorer après 2014", d’après son ambassadeur en Afghanistan, Vygaudas  Usackas.    Certains donateurs ne cachent pas la difficulté de tenir ces engagements en  période de crise économique et après dix ans d’un conflit qui a pris des  allures de bourbier. L’ONG Oxfam regrette ainsi que les Etats-Unis, premier  bailleur de l’Afghanistan, aient "déjà divisé de presque la moitié" leur aide  entre 2010 et 2011, passée de 4,1 à 2,5 milliards de dollars.    "Nous ne sommes pas aveugles. Nous sentons une fatigue considérable chez  les contribuables", déclare un autre diplomate.    Les Occidentaux s’affichent dès lors moins patients vis-à-vis de Kaboul, à  qui ils réclament depuis des années des progrès en matière de gouvernance, et  préviennent que cet argent ne sera pas versé inconditionnellement.    A Tokyo, le gouvernement afghan sera invité, entre autres, à organiser des  élections "crédibles" en 2014, mieux gérer le denier public, repenser sa  récolte de l’impôt, apporter des garanties en terme de droits de l’Homme et  surtout de la femme, et réformer son système judiciaire.    "Sans progrès tangibles dans cinq secteurs-clé, il sera difficile pour les  donateurs de maintenir leur soutien à l’Afghanistan", prévient un diplomate  européen sous couvert d’anonymat.    Le ministre japonais Koichiro Gemba a appelé le gouvernement Karzaï à  mettre notamment l’accent sur "l’éradication de la corruption" qui gangrène son  administration, et prôné la mise en place d’un mécanismes évaluant tous les  deux ans les progrès en la matière.    Autant de conditions que l’Afghanistan, qui réclame depuis des années de  pouvoir gérer directement plus d’aide en accusant les Occidentaux de la  gaspiller, considère comme des atteintes à sa souveraineté.    "L’Afghanistan ne peut être pleinement responsable de son destin que s’il  peut prendre ses propres décisions", affirme un haut responsable afghan.    "On les vexe ? Il y a toujours le risque de se poser en donneur de leçon.  Mais après tout, c’est l’argent de nos contribuables", lui rétorque un  diplomate occidental.    Les ONG redoutent de leur côté tout tarissement d’une aide qui, selon Save  e Children, a permis en 10 ans de diviser par deux la mortalité infantile et  d’envoyer 8 millions d’enfants supplémentaires à l’école.    Oxfam souligne de son côté que l’espérance de vie a été allongée de 47 à 62  ans pour les hommes et de 50 à 64 ans pour les femmes. Mais "ces gains risquent  d’être dilapidés si le niveau d’aide tombe" fin 2014, prévient-t-elle.
 
 
 Algerie – ennaharonline
 
 
 

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