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Corée du Sud: un début de mandat pour Park dominé par le Nord

     
       Peu après son arrivée à la tête de la  Corée du Sud, la première femme présidente de ce pays a affronté les menaces de  guerre nucléaire de son voisin du Nord. Mais c’est ce vif regain de tension sur  la péninsule qui lui a permis d’acquérir une envergure de chef d’Etat auprès de  la population, malgré des débuts brouillon.   Mardi sera le centième jour du mandat présidentiel –unique– de Park  Geun-Hye, 61 ans. Cent jours marqués notamment par une escalade des tensions  avec Pyongyang, dont la communauté internationale redoute le comportement  imprévisible.    Sur le plan intérieur, la fille de l’ancien dictateur militaire Park  Cheung-Hee, a connu des débuts hésitants: blocage parlementaire qui l’a laissée  sans gouvernement complet pendant plusieurs semaines, démissions de hauts  responsables tout juste nommés par ses soins, et pour faire bonne mesure, un  scandale de harcèlement sexuel dans son entourage.    La Corée du Nord n’était pas en tête des préoccupations des électeurs  pendant la campagne électorale à l’hiver 2012. Mais entre l’élection fin  décembre et la prise de fonction officielle de Park, le 25 février, le  turbulent voisin du Nord a conduit un troisième essai nucléaire et dominait les  titres de la presse.    Un nouveau train de sanctions par la communauté internationale et l’ONU, et  les manoeuvres militaires annuelles conjointes entre la Corée du Sud et les  Etats-Unis ont porté au plus haut la fureur de Pyongyang.    Les gouvernementaux occidentaux tentent de déchiffrer la personnalité du  jeune dirigeant nord-coréen, Kim Jong-Un, qui a succédé, à moins de trente ans,   à son père mort en décembre 2011. Mais Park Cheung-Hye, qui n’avait  jusqu’alors jamais occupé de hautes fonctions, a elle aussi été observée de  près.    Alors que les tensions s’intensifiaient, le candidat de la présidente pour  le poste stratégique de ministre de la Défense a dû se retirer, en raison  d’actes indélicats commis par le passé, et Park a été critiquée pour prendre  des décisions importantes à la légère.    "En ce qui concerne la gestion des ressources humaines, je lui donne un D-.  Et je suis généreux", déclare Chun Sangchin, professeur de sociologie à  l’université de Sogang. "Elle a vraiment raté le coche".    Fin mars, sa cote de popularité était en chute, selon les sondages mensuels  conduits par l’institut Asan Institute, basé à Séoul.    Mais l’aggravation de la crise inter-coréenne a changé la donne. Pendant la  campagne fin 2012, seuls 8% des Sud-Coréens citaient les relations avec le Nord  comme une question dominante. En avril, alors que Pyongyang menaçait  quotidiennement Séoul d’anéantissement, presque un tiers des habitants du Sud  classaient le sujet parmi les plus importants.    En concertation avec Washington, Park a refusé la moindre concession pour  calmer le Nord, bien qu’à plusieurs reprises la situation ait semblé sur le  point de basculer dans le conflit ouvert.    Lorsque Pyongyang a retiré ses ouvriers du site industriel intercoréen  Kaesong, situé sur le territoire nord-coréen à quelques km de la frontière, la  présidente a répondu en retirant à son tour le personnel sud-coréen.    "Elle a eu du mal au début, mais la Corée du Nord lui a donné l’occasion de  revêtir des habits présidentiels. Et là, elle y est parvenue", estime Karl  Friedhoff, de l’Asan Institute. "Elle a qualifié les menaces de Pyongyang sur  Kaesong de bluff, et ça a été très bien reçu" en Corée du Sud.    La Maison Blanche, soucieuse de montrer sa solidarité, a déroulé le tapis  rouge lors de la visite de Park Geun-Hye début mai, avec bien évidemment  entretien avec le président Barack Obama mais aussi discours devant le Congrès  américain.    A son retour,les sondages la créditaient d’une cote de popularité de…69%,  malgré un scandale de harcèlement sexuel présumé de son porte-parole envers une  stagiaire américaine. L’homme a été démis de ses fonctions.    Selon Choi Jin, analyste à l’Institut privé des présidents, Park s’est bien  sorti de son premier défi d’importance. Mais à plus long terme, il lui faudra  sans doute apprendre à travailler avec le Nord, en veillant à ne pas l’humilier.    "Elle a réussi à renvoyer vers Pyongyang des vents violents, mais à terme,  il va aussi falloir qu’elle envoie quelques rayons de soleil", juge l’analyste.    Et alors que les déclarations du Nord se font moins fréquentes et moins  menaçantes, les Sud-Coréens retournent à leurs préoccupations quotidiennes, à  savoir l’emploi et la protection sociale. Comment relancer cette économie  fortement exportatrice, qui a affiché en 2012 son taux de croissance le plus  faible depuis trois ans?    Park avait poussé pendant sa campagne pour un modèle d’économie "créative",  dopée par les nouvelles technologies et favorisant la prise de risque et  l’innovation, alors que l’économie du pays reste surtout modelée par les  chaebols, ces mastodontes industriels nés dans les années 60 et 70.    "Cent jours est une période trop courte pour en faire un indicateur  infaillible de ce qui va suivre pour les dossiers à long terme qu’elle va  devoir traiter pendant les cinq ans de son mandat", souligne le professeur  Chun. Un mandat qui ne pourra être qu’unique, en accord avec la Constitution du  pays. 

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