Monde

Dur retour pour les Sud-Soudanais regagnant leur nouveau pays

  Il y a près de 40 ans, Leo  Okwahi Lole fuyait, vers le nord, la guerre civile dans le sud du Soudan.  Depuis son retour, il y a un an, il n’a vu de son nouveau pays le Soudan du Sud  qu’un camp infect de Renk, près de la frontière, où il s’entasse avec sa  famille et 20.000 autres "rapatriés" du Soudan.    Depuis un an, il cherche un moyen de transport capable de ramener, non  seulement lui et les siens, mais aussi leurs biens, vers son village de l’Etat  d’Equatoria-oriental, à près d’un millier de km plus au sud, qu’il a abandonné  en 1976 en raison de la violence latente persistant après la fin de la première  guerre civile soudanaise, entre rébellion sudiste et pouvoir de Khartoum.    Les agences humanitaires, l’ONU et le fragile gouvernement sud-soudanais  peinent à reconduire chez eux les dizaines de milliers de Sud-Soudanais  regagnant leur nouveau pays depuis l’indépendance du Soudan du Sud en juillet  2011.    Et ils ne disposent ni des moyens ni de la logistique nécessaires pour  prendre en charge les amoncellements de biens qui constituent la seule épargne  de ces gens contraints de repartir à zéro.    Car en quittant le Soudan, de peur de se retrouver avec de la monnaie  soudanaise sans valeur dans leur nouveau pays, nombre de rapatriés ont liquidé  leurs économies et investi dans des meubles et biens divers.    Comme nombre de ses compagnons d’infortune, Lole refuse d’abandonner ses  biens et est donc bloqué depuis un an dans ce camp insalubre.    "Les quelques biens que je possède, je ne peux pas m’en séparer, j’en ai  besoin pour commencer une nouvelle vie", explique-t-il.    Quand le Soudan du Sud s’est séparé du Soudan, Lole, comme nombre de ses  compatriotes travaillant au Nord, a perdu son emploi dans une usine sucrière et  a dépensé une fortune pour transporter ses biens jusqu’à Renk, comptant sur  l’ONU ou le gouvernement pour l’aider ensuite à rejoindre son village.    Dans le camp de Renk, de hautes piles de meubles et d’objets attendent de  retrouver les quelque 400 rapatriés qui ont accepté de monter sur la barge les  emmenant à Juba, à plusieurs jours de navigation sur le Nil-Blanc, en espèrant bien que leurs biens suivraient.    En 2005, l’accord de paix signé entre Khartoum et Juba, qui a mis fin à la  guerre civile ayant repris en 1983, a enclenché un gigantesque mouvement de  population.    L’ONU estime qu’environ deux millions de personnes – déplacées à  l’intérieur du Soudan du Sud ou réfugiées au Soudan ou dans d’autres pays,  voisins ou plus lointains – ont déjà regagné leurs villages d’origine. Et le  mouvement se poursuit.    "Louer une barge (…) coûte plus de 200.000 dollars, il nous faut donc  utiliser nos ressources aussi efficacement que possible", explique Tony Lanzer,  le responsable des opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud, "nous  avons ici (à Renk) environ 20.000 personnes (…) nous n’avons tout simplement  pas assez d’argent pour transporter tous ces gens et leurs bagages".    Selon Peter Lam Both, qui dirige la Commission gouvernementale d’Aide et de  Réinsertion, 16 millions de dollars ont bien été affecté à l’aide des  rapatriés, mais les fonds sont bloqués.    En 2012 le budget du Soudan du Sud a été sérieusement amputé par l’arrêt  total par Juba de sa production de pétrole, en raison un différend avec  Khartoum, dont il utilise les oléoducs pour exporter son brut, arrêt qui l’a  privé de 98% de ses recettes.    Après 16 mois d’arrêt, la production a repris en avril dernier, mais les  ressources destinées aux rapatriés bloqués dans les camps restent maigres.    M. Both estime qu’il reste environ 250.000 citoyens sud-soudanais au Soudan  et que les rapatrier chez eux pourrait coûter des millions de dollars  supplémentaires. L’an dernier, l’Organisation internationale des Migrations  (OIM) n’a pu rapatrier que 9.000 personnes de Renk.    "Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de problèmes pour tout le monde ici",  raconte Lole, "la pluie, les abris médiocres et les moustiques, les maladies, le manque de nourriture". Il ajoute qu’il a dû commencer à vendre les biens  familiaux pour survivre.    Grace Nasona, 38 ans, a elle mis ses quatre enfants sur le bateau vers Juba  pour qu’il puisse quitter cet "endroit très sale".    Mais, abandonner les biens de la famille pour les rejoindre est un prix  bien trop élevé pour elle: "Pourquoi devrais-je abandonner mes biens (…) Je  dois emmener mes biens à Juba. Ici personne n’a d’argent, je ne peux pas les  vendre"

commentaires

commentaires

Articles en lien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Le contenu est protégé !!