En direct

Egypte: une communauté juive "mourante" enterre sa présidente dans l'émotion

 La présidente de la minuscule communauté  juive d’Egypte, Carmen Weinstein, a été enterrée jeudi dans l’émotion dans un  cimetière en déshérence, symbole d’une communauté "mourante" qui ne compte plus  que quelques dizaines de membres.    Plus d’une centaine de personnes, des juifs d’Egypte mais aussi de  l’étranger, ainsi que des amis chrétiens et musulmans de la défunte, se sont  d’abord rassemblées sous haute sécurité pour l’office religieux dans l’enceinte  de la synagogue Chaar Hachamayim, en plein centre-ville du Caire.    "L’Egypte a perdu une grande dame", a dit le rabbin Marc ElFassi, qui vit  en France mais assure les offices en Egypte depuis neuf ans.    "Avant chaque prière, elle me disait +s’il te plaît, prie pour mon pays,  l’Egypte, pour qu’il soit heureux comme du temps de ma jeunesse+", a-t-il  ajouté avec émotion.    L’octogénaire avait inlassablement oeuvré à la préservation du patrimoine  juif égyptien, présidant notamment à la restauration de la grande synagogue du  centre-ville de la capitale.    Il ne reste que quelques dizaines de juifs au Caire et à Alexandrie, en  grande majorité des dames très âgées, alors qu’ils étaient plus de 80.000 au  début des années 1950 avant le grand exil forcé de l’ère Nasser.    Magda Haroun, qui a été élue pour succéder à Carmen Weinstein, a promis aux  membres de sa communauté de "s’occuper d’eux".    "Je promets autant que possible de préserver le patrimoine des juifs  d’Egypte pour que nous le remettions au peuple égyptien, car il lui  appartient", a-t-elle dit à la synagogue.    "J’aimerais donner une vision de ce que sera l’avenir d’une communauté  malheureusement mourante: je veux briser les barrières qui ont été érigées  entre les gens de cette religion et les gens d’autres confessions", a-t-elle  ajouté.    "Je veux que tout le monde se souvienne que des Egyptiens juifs vivaient en  Egypte, qu’ils ont participé à tous les aspects de la vie. La religion est pour  Dieu et la patrie pour tous", a-t-elle lancé.    L’ambassadeur d’Israël au Caire, Yaakov Amitai, a salué en arabe la  "loyauté" de Carmen Weinstein envers la communauté juive "dans des conditions  très difficiles".    L’Egyptien Amir Ramses, qui a réalisé un documentaire sur les juifs  d’Egypte récemment sorti en salles après avoir été bloqué par la Sécurité  d’Etat, était également présent.    Carmen Weinstein a ensuite été mise en terre dans le cimetière juif de  Bassatine, situé dans une banlieue pauvre du Caire. Elle n’a pas pu être  enterrée aux côtés de ses parents comme elle le souhaitait selon ses proches,  le carré familial se trouvant dans une partie du cimetière envahie par l’eau  des égouts et les déchets.    La grande majorité des pierres tombales en marbre ont été volées. Des  chiens errent entre les tombes et des bouteilles en plastique et de vieilles  chaussures jonchent le sol.    "Voyez dans dans quelle humiliation, dans quelle saleté nous allons être  enterrés", a dit Mme Haroun à la presse.    Mais "que faire? Il faut d’abord développer la région autour, accorder une  vie décente à ceux qui vivent dans des bidonvilles pour qu’ils préservent ce  qui les entoure", a-t-elle ajouté.    "Il y avait une porte en métal (à l’une des entrées), elle a été volée",  dit Roger Bilboul, de l’association juive Nébi Daniel, qui a quitté l’Egypte il  y a plus de 50 ans et est revenu de France pour les obsèques. "C’est triste",  ajoute-t-il en balayant du regard ce spectacle de désolation.    Mais "notre héritage va au-delà des bâtiments, des cimetières, des objets.  Il capture l’histoire et l’identité de gens parsemés aux quatre coins du  monde", avait-il plus tôt affirmé à la synagogue. 

commentaires

commentaires

Articles en lien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Le contenu est protégé !!