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En Syrie, des rebelles fabriquent eux-mêmes leurs masques à gaz

Une bouteille, du  charbon en poudre et un coton imbibé de Coca-cola: Abou Tareq n’est pas  ingénieur mais avec des informations glanées sur internet et ses souvenirs du  service militaire, il confectionne des masques à gaz, l’armée syrienne étant  soupçonné d’avoir fait usage d’armes chimiques.    Ce rebelle de 72 ans, membre d’une brigade de la montagne turkmène dans la  province de Lattaquié, région d’origine du président Bachar al-Assad et fief de  la minorité religieuse alaouite dont il est issu, assure la démonstration.    Une fois sa bouteille en plastique découpée à une dizaine de centimètres du  bouchon, il faut d’abord faire un trou pour laisser passer l’air dans le  bouchon, puis verser quelques cuillerées de charbon réduit en poudre et un  morceau de coton imbibé de Coca-Cola pour recouvrir l’autre extrémité.    Après ça, il ne reste plus qu’à passer l’élastique autour de son visage et  de respirer. "C’est très simple!", conclut Abou Tareq, qui reconnaît que son  masque artisanal ne protège pas longtemps contre les gaz létaux et corrosifs  qui peuvent attaquer la peau.    Mais c’est toujours mieux, dit-il, que de se mettre une serviette mouillée  sur le visage et cela peut sauver des vies en permettant de quitter un lieu  enfumé aux premières minutes d’une attaque chimique.    Sans le soutien militaire international qu’ils réclament à cors et à cris,  les brigades Ezz ben Abdel Salem, au sein desquelles Abou Tareq combat, ont  préféré prendre les devants alors que se multiplient, selon les rebelles, les  signes annonciateurs d’une attaque chimique.     Les rebelles ont eu vent de l’évacuation de cinq villages à majorité  alaouite proches de la ligne de front –à quelques dizaines de kilomètres au  nord de la ville de Lattaquié– et l’armée aurait distribué à ses hommes, selon  eux, des masques à gaz, des vrais, industriels.     Une information impossible à vérifier de source indépendante, les autorités  restreignant drastiquement l’accès des médias internationaux aux zones sous  leur contrôle.    "Pourquoi est-ce qu’ils évacuent leurs villages?", s’interroge Abou Bassir,  le chef des brigades Ezz ben Abdel Salem, "c’est la preuve que quelque chose  d’important se prépare".    Au loin, des explosions résonnent: ce sont les hélicoptères du régime qui  larguent leurs engins de mort, des barils bourrés de TNT et de débris  métalliques qui en un instant tuent et blessent par dizaines et réduisent les  maisons en ruines.    Et la plus grande peur des rebelles, c’est que l’armée utilise un jour la  même technique pour larguer une bombe chimique.    Vendredi, le président américain Barack Obama a promis une "enquête très  solide" sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques en Syrie et mis à  nouveau en garde Damas contre un recours à ces dernières qui changerait selon  lui "la règle du jeu" du conflit.    Selon Washington, Damas a "probablement" utilisé des armes chimiques en  "petite quantité", mais ses renseignements ne sont pas suffisants pour avoir la  certitude que la Syrie a franchi la "ligne rouge" tracée par M. Obama.    "Si cela était prouvé et si ses alliés soutiennent une intervention de  quelque sorte que ce soit, l’administration Obama devra répondre à cette énorme  provocation du régime syrien", estime Mona Yacoubian, du Stimson Center, un  centre de recherche sur le Moyen-Orient basé à Washington.    Si ces accusations sont vérifiées, "la ligne rouge aura bien été franchie",  dit-elle à l’AFP.    Parmi les rebelles et les caricaturistes syriens, cette ligne rouge n’est  plus désormais que l’objet de dérision.    Le célèbre dessinateur Ali Farzat a ainsi dessiné un président Assad  dépassant les unes après les autres des lignes rouges tracées par les  Etats-Unis, rapporte Abou Tareq qui, lui, en a déjà compté plusieurs.    "Quand Assad a utilisé les avions pour bombarder son peuple, il a franchi  une ligne rouge. Quand il a bombardé des villes et des quartiers, il a franchi  une ligne rouge. Quand il a commencé à tirer des missiles Scud sur les civils,  il a franchi une ligne rouge", énumère-t-il. 
   

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