Culture

France: les écrivains s'emparent de la guerre d'Algérie

  •    Ces romanciers font revivre au travers d’un prisme personnel traumatismes, chagrin, horreur, fantômes des tortionnaires et des torturés mais aussi pitié et nostalgie d’un pays. Sans manichéisme.
  •    C’est une page particulièrement refoulée de ce conflit qu’explore en profondeur Nathalie Funès dans "Mon oncle d’Algérie" (Stock, en librairie le 2 novembre). L’auteur y parle des centaines de Pieds Noirs sympathisants de l’indépendance qui ont été arrêtés et détenus arbitrairement dans des camps pendant des années.
  •    Grâce à des archives inédites et à des témoignages recueillis pour la première fois, elle reconstitue cette histoire occultée, qui est aussi celle de sa famille. Son oncle Fernand Doukhan, instituteur arrêté pendant la bataille d’Alger, passera plus d’un an au camp de Lodi, à une centaine de kilomètres d’Alger. Quand il est libéré en 1958, il a ordre de quitter l’Algérie. Mort en 1996, il n’en avait jamais parlé. Le récit de Nathalie Funès n’en est que plus  fort.
  •    Dans "Où j’ai laissé mon âme" (Actes Sud), Jérôme Ferrari, né six ans après l’indépendance, construit un huis clos poignant entre le lieutenant Andreani, le capitaine Degorce et un chef du FLN arrêté. Nous sommes à Alger en 1957.
  •    Les deux militaires français, qui ont affronté ensemble l’horreur de l’Indochine, ont des attitudes opposées face à la torture. L’auteur s’interroge au travers d’un dialogue indirect entre les deux hommes sur le mal, la douleur et la rédemption.
  •    Alice Ferney, dans "Passé sous silence" (Actes Sud), a choisi de visiter par la fiction le duel entre le général de Gaulle et Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat manqué du Petit-Clamart. Jamais les vrais protagonistes, ni l’Algérie ne sont mentionnés. Et c’est sous forme de conte historique — une guerre d’indépendance entre la Terre du Sud et le Vieux Pays — et de dialogues intérieurs que la romancière explore ce drame où s’étaient affrontées deux visions de l’honneur. En tentant de ne pas juger.
  •    Avec "Salaam la France" (Gallimard), Bernard Du Boucheron, né lui en 1928, raconte l’Algérie d’avant la guerre. Frédéric, le narrateur, revient dans ce pays où il avait débarqué 20 ans plus tôt, frais émoulu de la faculté de médecine. Les souvenirs le prennent à la gorge. A l’époque, il percevait déjà ce que les colons refusaient de voir: "L’Algérie est bouillante de haine prête à déborder. Le pays monte inexorablement vers la guerre", écrit l’auteur. Son  tableau n’épargne ni colons, ni colonisés. Le style coup de fouet de l’auteur est impitoyable d’ironie féroce et de distance.
  •    Coup de mémoire en pleine figure avec "Des hommes" (éditions de Minuit) de Laurent Mauvignier, né en 1967 et dont le père a servi en Algérie. Quarante ans après avoir été appelés au "Club bled", comme dit l’un des personnages, des sexagénaires voient les blessures enfouies se remettre à saigner. La vérité nauséeuse de l’époque ressurgit après des décennies de silence, lors d’un banal anniversaire. Une oeuvre forte, pleine de pitié pour la faiblesse humaine, et un style retenu qui sait subtilement changer d’angles de vue.
  •    Dans "Les figuiers de barbarie" (Grasset), Rachid Boudjedra, né en 1941 en Algérie, fait se retrouver deux hommes sur un vol Alger-Constantine. Au fil de leurs souvenirs, c’est toute l’histoire de l’Algérie déchirée qui défile, de la conquête française à l’indépendance, de l’enfance dorée aux horreurs de la torture et du terrorisme.
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  • Ennaharonline

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