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France: ne pas parler de la guerre à Gaza pour éviter les mots "qui tuent"

  •    Depuis l’offensive israélienne, une soixantaine d’incidents liés au conflit ont été enregistrés en France, et alors que des manifestations, surtout pro-palestiniennes, ont mobilisé des milliers de personnes, les autorités ne cessent d’alerter l’opinion publique contre l’"importation" du conflit du Proche-Orient.
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  •    Mardi matin, une école juive d’Aubervilliers a été entièrement fouillée par la police après une fausse alerte à la bombe. La voiture du rabbin de l’établissement, qui accueille 600 élèves, a été endommagée dans la nuit du 28 au 29 décembre. 
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  •    "On sent que la guerre est présente dans l’esprit de chacun de nous mais on n’en parle jamais", observe une infirmière maghrébine dans un cabinet médical où soignants musulmans et juifs se côtoient depuis des années dans une "entente parfaite".
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  •    "On a toujours travaillé dans la bonne humeur, faisant des blagues, échangeant des cadeaux et des visites, parlant de nos fêtes, de notre religion sans jamais le moindre incident", poursuit l’infirmière.
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  •    Depuis l’offensive israélienne sur Gaza, le malaise est pourtant là. Diffus.
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  •    "On évite le sujet par peur de dire ce qu’il ne faut pas ou de choquer. On a peur de troubler cette entente qui caractérise nos relations", dit-elle encore.
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  •    Aubervilliers, une banlieue défavorisée du nord de Paris, compte 74.000 habitants, dont 25 à 30% de "culture musulmane", en majorité d’origine maghrébine, et environ 10% de "culture juive", selon le maire socialiste Jacques Salvatore. Elle abrite aussi trois lieux de culte musulman et deux de culte juif.
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  •    Le directeur de cabinet du maire, Mickaël Dahan, est juif, et l’attachée de presse, Nawel Djouder, est musulmane. Au conseil municipal, il n’y pas d’élu juif mais plusieurs sont musulmans.
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  •    "C’est un conflit où même les mots peuvent être meurtriers. On ne sait pas comment aborder le problème. Même les gens qui sont pour la paix ont une vraie difficulté avec les mots. Alors, on préfère éviter la discussion sur ce sujet", ajoute M. Salvatore, qui a fondé il y a longtemps l’association AuberPalestine.
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  •    Il observe que l’irruption des jeunes Maghrébins dans l’association "remonte à la guerre en Irak".
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  •    Pour prévenir les tensions, la mairie a mis en place un groupe de réflexion chargé de plancher sur "l’équité en matière d’exercice des cultes". "Nous sommes sur le qui-vive. Il vaut mieux exagérer la prévention du risque que de l’ignorer", dit l’élu.
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  •    "Je suis Français avant tout. Mon pays c’est la France. Ceux qui veulent importer le conflit ici sont tout simplement des abrutis", tranche Steve, un bijoutier juif de 34 ans, l’oeil sur les caméras de surveillance.
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  •    Cet homme tout en rondeurs qui a pour habitude de se rendre en Israël ou au Maroc affirme compter "beaucoup" d’amis et de clients musulmans qu’il continue de voir. "La situation à Gaza est un sujet qui ne s’impose pas dans nos discussions".
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  •    Pour éviter tout risque d"’importation" du conflit, Steve se prononce pour l’interdiction en France de toutes les manifestations liées à la situation à Gaza.
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  •    Dans sa cité, Houria, une mère de famille algérienne de 50 ans compte deux voisins juifs.
  •    "Hier (lundi), j’ai sonné chez l’un d’eux parce que mon lave-linge était en panne. Et pendant qu’il réparait, on bavardait". La guerre à Gaza n’a pas été évoquée.
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  • Ennaharonline/ AFP

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