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Irak: Madaïn veut passer du "terrorisme" au tourisme

  Soupçonné d’être le centre de  fabrication d’armes biologiques à l’époque de Saddam Hussein puis devenu après  l’invasion de 2003 le fief d’Al-Qaïda au sud de Bagdad, Madaïn veut retrouver  sa vocation première: un centre archéologique et une destination touristique.   C’est dans ce bourg de 7.000 habitants, fondé il y a plus de deux mille ans  par le roi parthe Mithridate Ier et coincé aujourd’hui entre deux autoroutes  reliant la capitale au sud du pays, que se trouvent l’arche de Ctesiphon et le  tombeau de Salman Pak ("le Pur", en persan), un des plus proches compagnons de  Mahomet.    "Nous voulons redonner vie à l’endroit car ce fut l’un des plus beaux lieux  qu’Irakiens et étrangers venaient visiter pendant les fêtes notamment celle du  Norouz, avant de pique-niquer", explique Abdelhadi Hassan, directeur des  Antiquités de cette localité à 30 km au sud de Bagdad.    "Mais les jardins et les cafés ont disparu à cause des guerres menées par  l’ancien régime et des évènements qui ont suivi l’invasion américaine de 2003",  ajoute-t-il.    Les cartes postales des années 70 montrent en effet des jardins luxuriants  et des tonnelles. Aujourd’hui, il n’y a plus d’herbe car les canalisations  d’arrosage ont été détruites. Les arbres ont été coupés par les habitants pour  se chauffer durant la guerre avec l’Iran (1980-1988); enfin le musée a été  pillé en 2003 et, partout, des fils barbelés témoignent des guerres.    Construit sous le roi Chapour 1er (241-272), de la dynastie perse des   Sassanides, ce palais de pierres ocres possède une arche qui culmine à 37  mètres; sa voûte de 48 mètres de profondeur est la plus grande et la plus  ancienne connue au monde.    A deux kilomètres de là, s’élève le tombeau de Salman Pak. Selon la  tradition, ce zoroastrien s’était converti au christianisme, puis avait été  vendu comme esclave à une famille juive à Médine avant d’adhérer à l’islam.    Madaïn a longtemps eu une triste réputation. En 1986, selon l’ONU, le  programme irakien d’armes biologiques y avait été développé, et durant  l’invasion de 2003, les forces américaines avaient affirmé avoir capturé des  Egyptiens et des Soudanais dans un "camp d’entraînement terroriste".    Al-Qaïda avait dès 2005 fait de cette ville son fief, où ses combattants  fabriquaient des voitures piégées et des engins explosifs, attaquaient la  police et les forces américaines et avaient aménagé des "cachots" dans les  vergers pour détenir les personnes enlevées sur l’autoroute toute proche:  l’endroit avait été surnommé "le repaire de la guérilla" par l’ancien chef du  renseignement irakien, le général Mohammad Chahwani.    "Cette région a été le théâtre de conflits armés mais maintenant tout cela  est fini, il n’y a plus d’actes de violence", déclare pudiquement M. Hassan.    Pourtant les militaires et les policiers patrouillent partout, à pied ou  bien à bord de véhicules blindés entre les quartiers sunnites et chiites, car  les blessures sont loin d’être refermées entre les deux communautés.    Les chiites ne peuvent pas oublier les terribles années de 2005 à 2008  quand les insurgés les chassaient en se livrant à des meurtres, des rapts et  des attentats contre leurs lieux de prière.    Abou Ali al-Chimmari, un restaurateur de 56 ans, en est encore traumatisé:  "Un jour de 2005, raconte-t-il, trois hommes sont venus me dire que j’avais  trois jours pour partir avec ma famille, sinon nous étions des morts en  sursis". Mais, lui le chiite, tout comme ses voisins sunnites, souhaitent voir  la ville redevenir une destination touristique. "Je voudrais tant qu’on  revienne au bon vieux temps", confie-t-il.    "Il faut vraiment que l’Etat reconstruise la ville maintenant que la  sécurité s’est améliorée, refasse les jardins, plante des arbres, réhabilite  l’ancien hôtel", assure Adnane Khideir, un fonctionnaire sunnite 42 ans.  Mais pour l’instant, l’endroit est désolé et encore gardé par militaires.  Le site n’est même pas inscrit au patrimoine de l’UNESCO: selon une responsable de l’organisation internationale, aucune demande irakienne n’a été émise en ce   sens.

  

 

 

 Algérie- ennaharonline 

 

 

 

 

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