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Leaders du GSPC : « Pourquoi nous avons combattu le pouvoir et pourquoi nous déposons les armes »

  • « J’ai du attendre dix années pour rencontrer cet homme avec qui j’ai effectué ce premier entretien par un intermédiaire (son représentant à Londres) en 1998. Mais Hattab d’aujourd’hui n’est pas celui qui avait répondu à mes questions il y a plus de dix années. Il a beaucoup changé. A l’époque, il sortait d’une longue et amère lutte contre les dirigeants du groupe islamiste armée GIA, un des groupes les plus sanguinaires dans l’histoire de l’Algérie moderne. Hattab, alias Abou Hamza avait défié Antar Zouabri et a quitté le groupe pour créer son propre groupe ; le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Il avait quitté le GIA  car il ne pouvait plus supporter les déviations de ce groupe durant le règne de Djamel Zitouni et son successeur Zouabri. Lorsque je lui ai envoyé une correspondance en 1998 par l’intermédiaire de ses représentants à Londres, il m’avait fait parvenir des réponses dans lesquelles il exprimait son refus de dialoguer. Il ne croyait pas à la paix avec le pouvoir. Plus que cela, il pensait que ceux qui dialoguent avec le pouvoir tomberont dans le piège de ce dernier.
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  • Cette fois ci, j’ai rencontré Hattab en Algérie. Il a fini par suivre le chemin de Madani Mezreg en quittant l’activité armée et en se rendant aux autorité en septembre 2007. Je l’ai rencontré dans sa résidence secrète gardée par les services de sécurité près d’Alger. Il était en compagnie de trois autres grands dirigeants du groupe salafiste qui étaient aussi convaincus comme lui. Abdelkader Ben Messaoud, alias Mosaâb Abou Daoud, ancien émir de la zone sud du groupe salafiste (s’est rendu au mois d’août 2007) ; Abou Omar Abdelbir, chef de la commission de l’information et Abou Zakarya, chef de la commission médicale et deux autres chefs du groupe salafiste.
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  • Les quatre avaient raconté l’histoire de leurs redditions et les changements survenus quant à leurs convictions dans leur lutte contre le pouvoir algérien jusqu’à la réconciliation.
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  • Hattab raconte qu’il n’avait pas rejoint le maquis par conviction mais qu’il avait été forcé car le pouvoir avait réagi avec violence contre les islamistes après l’annulation des élections remportées alors par le Front Islamiste du Salut (FIS) au mois de janvier 1992. Au maquis, dit-il, il a eu la conviction et les justifications légales qui l’obligeaient à combattre le régime. Il raconte ses désaccords avec les émirs des groupes islamistes armées et ses conflits avec Djamel Zitouni. Il raconte aussi l’histoire de la création du groupe salafiste et comment il a commencé à percevoir des changements dans la politique du pouvoir après la prise de pouvoir par Bouteflika en 1999. il raconte aussi comment il avait commencé à sonder les éléments de son groupe pour voir s’ils pouvaient accepter de cesser le combat et rejoindre la réconciliation. Ça n’a pas été facile comme il dit. Certains dirigeants le soutenaient en secret mais ils hésitaient à le faire. Il avait alors décidé d’abandonner son poste d’émir de l’organisation en 2003 pour avoir plus de liberté de mouvement pour essayer de convaincre ceux qui le suivent dans son initiative pour faire la paix avec le régime. Après deux années, Hattab s’isole totalement du groupe et prend une position neutre dans le maquis. Le groupe salafiste était dirigé par son successeur Nabil Sahraoui qui a été éliminé en 2004. Droukdal lui succède alors et le groupe dévie de son idéologie première jusqu’à rejoindre El Qaïda vers la fin de l’année 2006 pour devenir une branche de l’organisation au Maghreb en janvier 2007.
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  • Hattab considère Droukdal, qui travaillait dans un atelier de fabrication d’explosifs, n’était pas le vrai dirigeant de l’organisation, mais plutôt ceux qui l’entourent et le poussent à adopter une idéologie qu’il ne partage peut être même pas avec eux, comme s’était le cas avec Zouabri et Redouane Makadour et Abou Kabous lorsqu’ils influençaient Djamel Zitouni et le poussaient vers plus de violence selon Hattab.
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  • Ben messaoud, de son côté, a déclaré que les grands dirigeants du groupe salafiste ne sont pas convaincus de sa nouvelle idéologie sous le règne de Droukdal. Il raconte que Mokhtar Belmokhtar qui dirigeait le groupe salafiste dans le sahara algérien jusqu’aux pays du Sahel de la Mauritanie jusqu’au Mali, le Niger et le Tchad, qui l’aurait informé qu’il ne voulait pas de confrontations avec le pouvoir algérien et qu’il voulait partir dans les régions du grand Sahara.
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  • Abou Omar Abdelbir raconte comment le groupe salafiste avait rejoint El Qaïda lorsque les contacts ont commencé avec le chef de la branche El Qaïda en Irak, Abou Mosaâb Zarkaoui en 2004 pour lui demander le kidnapping de français en Irak afin d’exercer des pressions sur leur pays (La France) pour obliger le groupe de rebelles tchadiens à relâcher Abderrezak el Para (Amari Saifi).
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  • De son côté, Abou Zakarya raconte qu’il avait rejoint le maquis « par ignorance et sentiment » mais qu’il l’avait quitté « par conviction » après qu’un émir lui aurait conseillé de lire le Coran et les Hadith du Prophète. C’est ainsi qu’il avait commencé à comprendre qu’il était sur le mauvais chemin et qu’il devait quitter l’activité armée et accepter la réconciliation proposée par le pouvoir aux islamistes. Abou Zakarya alors quitté le maquis après qu’un éléments de l’organisation ait tenté de l’arrêter en tirant sur lui et en le blessant gravement (il avait perdu une partie de sa mais). Celui-ci raconte l’histoire de son procès lorsque avait déclaré devant un émir qu’il était capable de descendre de la montagne et de quitter l’Algérie pour aller au Canada. Le mufti du groupe salafiste l’avait jugé pour ce crime. Il raconte comment il avait affronté le mufti qui lui avait demandé dans le secret de cesser le combat.
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  • El Hayat commence aujourd’hui la publication d’une série d’entretiens avec les dirigeants du « groupe salafiste » qui racontent leurs parcours de combat contre le régime algérien depuis le début jusqu’à la réconciliation.
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  • Ennahar/ Alger – Kamil Touil

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