En direct

Les Harraga : reflet du vide absolu entre pouvoir et société

  •    QUESTION : Qui sont les Harraga?
  •  
  •    REPONSE : Attention, ce ne sont pas des désespérés. On se rend compte que la majorité sont des diplômés, ont un travail. Ce sont des gens conscients des risques qu’ils prennent. Ils refusent l’impasse dans laquelle ils se trouvent. En l’absence de canal d’expression politique, syndicale, voilà des jeunes qui réagissent avec des éléments qu’ils se sont construits dans un espace culturel et politique totalement désertifié. Il faut savoir rendre hommage à leur  ténacité. C’est l’absence de perspectives sociopolitiques et de libertés qui les conduit à ce choix. Mais au delà des libertés politiques et syndicales concrètes, c’est le mode de vie et le rigorisme social qu’ils ont envie de fuir. En été par exemple, la Tunisie et le Maroc sont envahis par des touristes algériens. Ce sont déjà des espaces de liberté par rapport à l’Algérie.
  •    
  •    Q: Comment expliquer l’émergence de ce phénomène après le terrorisme des années 90 auquel les jeunes ont payé le plus lourd tribut?
  •  
  •    R: C’est vrai que ce phénomène n’était pas important du temps du terrorisme. L’instabilité, quelque part, était paradoxalement significative de possibilité de changement. Or ici, la fin de l’instabilité a annoncé la pérennité irréversible de la situation telle qu’elle était. La stabilité qui a suivi la violence a confirmé l’impossible changement et ça a donc accru ce type de réaction.
  •    
  •    Q: Les autorités semblent désemparées devant ce phénomène et un ancien Premier ministre a même avoué qu’il ne le comprenait pas.
  •  
  •    R: Quand un ancien Premier ministre avoue ne pas comprendre ce phénomène, ça veut dire qu’il n’y a pas vraiment de dialogue. Le phénomène reflète le vide absolu qu’a réussi à instaurer le pouvoir dans ses rapports avec la société. C’est donc l’absence d’intermédiation, la dévitalisation du corps social qui fait que surgit ce phénomène à la base. C’est la conséquence paradoxale de la domination du champ politique et social. C’est ce besoin d’avoir la maîtrise de la société qui fait qu’il n’y a pas d’espace à l’individu, à la liberté. Et comme on est dans une période de vote, ces jeunes votent avec leurs pieds puisqu’ils ne votent pas avec leurs mains. Les autorités ne peuvent pas comprendre, parce qu’elles ne peuvent pas comprendre la société.
  •    
  •    
  • Ennaharonline/ AFP

Articles en lien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close