Culture

Les révoltes du monde arabe soulèvent espoirs et doutes chez les cinéastes

OUAGADOUGOU, 5 mars 2011 (AFP) – Les révoltes dans le monde arabe  

emplissent d’espoir, mais aussi de doute, les réalisateurs maghrébins,  
souhaitant que le vent de liberté qui a renversé Ben Ali en Tunisie, Moubarak  
en Egypte et menace d’autres régimes au Moyen-Orient souffle aussi dans le  
cinéma. 
   Pour l’Algérien Dahmane Ouzid, dont le film "Essaha" (La place) brigue le  
grand prix du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou  
(Fespaco), décerné samedi, il était temps de secouer le vieux monde. 
   "Le monde arabe avait besoin d’en finir avec les dictatures vieillissantes,  
les cadavres politiques que les sociétés trimbalaient et payaient très cher",  
assène Ouzid, interrogé par l’AFP à l’occasion du plus grand rendez-vous du  
cinéma africain, marqué pour sa 22e édition par la forte présence de l’Afrique  
du Nord et le retour de l’Egypte. 
   Selon lui, les cinéastes avaient déjà donné le signal de la libération.  
"Nous sommes fiers d’avoir été par nos images, et surtout par nos idées, à  
l’avant-garde des mouvements populaires", lance-t-il, louant un art  
"impertinent, insolent". 
   Son film "La place", ose-t-il, "est prémonitoire de ce qui est arrivé en  
Egypte avec la place Tahrir" au Caire, coeur battant de la contestation. 
   Et maintenant? "Je ne sais pas du tout de quoi sera fait l’avenir de la  
Tunisie, de l’Egypte, de la Libye ou de l’Algérie, mais le seul enjeu c’est la  
démocratie. Plus il y a de démocratie, plus le cinéaste a de moyens de dessiner  
son pays de manière plus juste, plus complète". 
   "Nos espoirs, c’est que les pays dirigés par la gérontocratie puissent  
paisiblement passer vers des systèmes démocratiques, qui permettent aux  
cinéastes de s’exprimer librement", confie le réalisateur marocain Daoud  
Aoulad-Syad, qui vise également le grand prix, l’Etalon de Yennenga, avec son  
film "La mosquée". 
   Censure, manque de moyens: le passé récent, et bien souvent le présent,  
sont encore douloureux. 
   "Les régimes n’ont pas soutenu la création artistique et cinématographique.  
Ils ont laissé le cinéma à lui-même", déplore Liazid Khodja, scénariste  
algérien. 
   Selon le Tunisien Ferid Boughedir, réalisateur de "Halfaouine, l’enfant des  
terrasses" (1990), Ben Ali au début de son règne à laissé faire les cinéastes  
pour "contrer" les islamistes du parti Ennhada, qui voulaient la censure. 
   Mais il n’a pas tardé à reprendre en main le 7e art et a "ramené la censure  
en 2006", rappelle l’ex-directeur des Journées cinématographiques de Carthage. 
   Dans un contexte très incertain, M. Boughedir redoute le syndrome iranien,  
où les espoirs de changement ont été trahis par l’instauration d’un régime  
réprimant les artistes. 
   "Est-ce que ce sont les militaires qui vont bénéficier des mouvements  
populaires en Egypte? Est-ce que ce sont les membres de la bourgeoisie  
tunisienne qui vont bénéficier du grand mouvement populaire en Tunisie? Est-ce  
que les islamistes vont s’emparer du pouvoir au Yémen et dans tous les pays  
arabes?", s’inquiète-t-il. 
   "Je crois qu’il faut être encore très prudent au Maghreb, et ne pas exposer  
les artistes", insiste le cinéaste. 
   "L’instauration des régimes totalitaires en Iran n’a pas empêché la  
création", réplique Liazid Khodja. 
   "De très grands talents se sont exprimés au péril de leur liberté, souligne  
le scénariste, parce que le cinéma, et l’art de façon générale, n’attend pas  
qu’on lui donne une autorisation pour s’exprimer".

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