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Libérer de force les otages du Sahel: trop risqué, estiment des experts

  •    Enlevés le 16 septembre au Niger, les sept prisonniers (cinq Français, un Togolais et un Malgache) sont détenus par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans un massif montagneux du nord malien, selon une source malienne confirmée par Paris.
  •    Dans cette région isolée aux confins du Mali et de l’Algérie, escarpée, hostile, les ravisseurs, sous les ordres du chef jihadistes algérien Abou Zeid, disposent de longue date de complicités parmi la population nomade, explique l’explorateur français Régis Belleville, qui a sillonné le secteur en méharée. 
  •    "Par ses contacts avec les tribus, Aqmi sait tout ce qui se passe dans le coin. Ils seront très difficile à surprendre", dit-il. 
  •    "D’autant qu’il y a des pistes de contrebande partout: avec leurs (puissants) 4X4 essence, ils sont mobiles, rapides: ils peuvent se déplacer au moindre soupçon, aller dans des régions tellement isolées qu’elles sont un cauchemar logistique pour quiconque. Et je suis sûr que les ordres ont été donnés en cas d’attaque de tuer les Français". 
  •    Les membres d’Aqmi seront d’autant plus sur leurs gardes, ajoute Frédéric Gallois, chef du GIGN de 2002 à 2007, que les forces spéciales françaises ont mené, le 22 juillet, un raid contre une de leurs bases au Mali, dans l’espoir déçu de secourir l’otage Michel Germaneau. 
  •    "Ils redoutent une opération armée, savent qu’on est capables de faire quelque chose", dit-il. "Ils ont sans doute pris des précautions". 
  •    Une source malienne impliquée dans les négociations a assuré lundi à l’AFP qu’ils étaient "tous en vie", mais il n’est pas nécessaire de mettre des km entre chaque otage pour rendre quasiment impossible une opération de sauvetage, ajoute Frédéric Gallois. 
  •    "Il suffit de les séparer de quelques centaines de mètres, avec deux équipes de ravisseurs distinctes: cela veut dire qu’il faut monter deux opérations distinctes et coordonnées. Alors imaginez cinq…"
  •    Même s’ils sont traqués depuis le ciel par des avions-espions et des satellites, que toutes leurs télécommunications soient susceptibles d’être interceptées et que les services de renseignements de la région soient mobilisés, il reste assez facile pour les jihadistes du désert d’effacer leurs traces.
  •    "La meilleure des solutions pour Abou Zeïd, c’est de se fondre au sein des populations nomades, de camoufler les otages et ses hommes en chameliers, de couper toute communication, de n’opérer que via des messagers" estime Régis Belleville.
  •    "Les nomades vivent par groupes de cinq ou six personnes avec leurs bêtes, répartis dans tout le nord Mali: il est impossible de tous les contrôler", ajoute-t-il. "Si les gars d’Aqmi se déplacent, de famille en famille, ils deviennent indétectables. De toutes façons, il leur faudra beaucoup bouger, car il y aura tellement de récompenses promises qu’ils risqueront à tout moment la trahison". 
  •    Mais malgré les difficultés, il est certain qu’une opération de sauvetage, par les Forces spéciales françaises et les hommes du service "Action" de la DGSE, est en cours de planification. Des soldats d’élite sont déjà sur place. D’autres opérations, beaucoup plus secrètes et discrètes, sont plus que probables. 
  •    "L’usage de la force doit toujours être l’ultime recours, parce que trop dangereux", explique M. Gallois. "Mais si tout indique qu’il n’y a pas d’issue favorable possible, que la négociation est impossible (…) s’il y a une menace directe et irréversible sur les otages, il faut intervenir quelque soit le risque. Je suis sûr que les préparatifs ont commencé". 
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  • Ennaharonline
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