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L'interdiction de la burqa en France diversement interprétée au Maghreb

  •    Phénomène marginal en Algérie où il ne fait pas partie des traditions, le port de la burqa est aussi peu répandu en Tunisie où les rares femmes vêtues du voile intégral sont souvent des touristes. Au Maroc, il est limité à certains quartiers populaires des grandes villes et concerne "surtout les gens impressionnés par ce que diffusent des chaînes de télévisions satellitaires 
  • arabo-musulmanes", déclare à l’AFP un théologien officiel sous couvert de l’anonymat.
  •    Pour Yasmina Chouaki, militante féministe algérienne de l’association Tharawa Fadhma Nsoumer, la burqa représente "la négation totale" de la femme. 
  • "Mais pourquoi le gouvernement français veut-il l’interdire maintenant ? Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant? dit-elle.
  •    Latifa Jbabdi, députée du parti marocain Union socialiste des forces populaires (USFP, coalition gouvernementale) affiche aussi son soutien à cette interdiction du port du voile intégral "aussi bien en France qu’au Maroc", "car c’est humiliant pour la femme".
  •    "A mon avis, le port de la burqa n’est pas une obligation religieuse", estime de son côté la ministre marocaine du développement social, de la famille et de la solidarité, Nouzha Skalli. Elle se félicite du débat qui "permettra sans doute de clarifier et comprendre les mécanismes d’application face à des choix individuels", dit-elle.
  •    Mohamed Benhazama, président du conseil régional des Oulémas (théologiens) d’Oujda (Est du Maroc), affirme que "la France a le droit de gérer souverainement la diversité culturelle qui caractérise de plus en plus toute l’Europe". "Mais, s’interroge t-il, est-ce qu’on demande aux Français qui visitent les pays musulmans de s’habiller de telle ou telle manière?".
  •    Le politologue Mohammed Darif rappelle que le port de la burqua, "comportement minoritaire" au Maroc, "provoque une divergence au sein même des courants islamistes" dont il est un spécialiste. "Seuls les salafistes y sont favorables", dit-il. "Si les autorités françaises le considèrent comme un signe politique, et c’est le cas, elles ont le droit de gérer souverainement leur espace politique", estime-t-il.
  •    En Tunisie, Iqbàl Al Gharbi, professeur de théologie à l’université islamique "Ezzeintouna", est également en faveur de l’interdiction au nom "de la sécurité publique et du vivre ensemble". "Dans le débat sur la burqa, il faut accompagner les Musulmans vers un Islam apaisé et un Islam des lumières", dit-elle.
  •    De son coté, Maya Jribi, dirigeante du parti démocratique progressiste (opposition), estime que le débat a pris une "dimension démesurée alors que le phénomène de la burqa reste marginal".
  •    Le thérapeute Raoudha Talbi affirme d’ailleurs que "le voile intégral n’a rien à voir avec l’Islam, celles qui le portent n’en sont pas plus musulmanes", dit-elle. 
  •    Mais pour le journaliste Bouaza Benbouaza, des "desseins inavoués pourraient se cacher derrière l’argument des valeurs républicaines invoquées" pour cette interdiction.
  •    Les plus fortes condamnations viennent d’Algérie, où le secrétaire général du Mouvement Islah (Réforme, islamiste) Djamel Benabdeslam estime que "l’adoption de ce projet de loi fait partie de la campagne contre l’Islam en Europe". Si la burqa "n’est pas obligatoire" en Islam, ce projet vise à "restreindre les libertés des Algériens vivant en France" et c’est  "inacceptable", dit-il à l’AFP. 
  •    Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (indépendante), Me Mustapha Bouchachi affirme lui aussi que ce projet est "une atteinte à la vie privée". "Il y a une régression en matière des droits de l’Homme en France", déplore-t-il en avertissant: "l’interdiction du port de la burqa sera interprétée par les musulmans comme un acte contre l’Islam".
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  • Ennaharonline

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