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Tunis, ville du jasmin, devenue ville des ordures

  •    La chaleur monte, les odeurs aussi. A tous les coins de rues, des montagnes de centaines de sacs poubelles éventrés encombrent les trottoirs et débordent jusque sur la chaussée, gênant piétons et automobilistes.
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  •    "Je suis triste de voir toute cette saleté et de voir le pays du jasmin envahi par les ordures et cette mauvaise odeur, dit Slim, un commerçant quadragénaire de la rue de Marseille, dans le centre-ville.
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  •    Tous les jours, il tente de repousser les énormes sacs poubelles bleus et noirs qui gagnent du terrain devant sa petite boutique, tout en pestant contre les agents municipaux qui "laissent les rues dans cet état épouvantable avec leur grève".
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  •    "Franchement ils n’ont pas choisi le bon moment pour réclamer des augmentations, le pays passe par une crise et ils ne sont pas conscients de ça", grommelle-t-il.
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  •    Du coton dans le nez, une femme d’un cinquantaine d’année enlève des ordures devant son petit restaurant fast-food.
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  •    "Comment veux-tu que les gens viennent manger chez moi avec cette saleté et cette odeur? Ca fait plus de dix jours que les clients fuient mon restaurant à cause de ces énormes poubelles", se lamente-t-elle.
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  •    Toutefois, elle dit comprendre "les conditions difficiles des agents de nettoyage". "Eux aussi ont le droit de dire qu’ils ont le droit de vivre dignement dans la nouvelle Tunisie", estime-t-elle.
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  •    Les agents de la municipalité se sont mis en grève il y a 15 jours pour protester contre une "situation difficile et des salaires de misère", réclamant la régularisation de leur situation.
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  •    "Les autorités ont promis de régler notre situation et de nous faire bénéficier de la couverture sociale mais ils n’ont rien fait et n’ont pas tenu leurs multiples promesses, c’est comme toujours: du bla-bla-bla", lâche Mohamed, un éboueur.
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  •    "Je travaille depuis 12 ans et mon salaire ne dépasse pas 200 dinars (environ 100 euros). Sans parler de la couverture sociale inexistante, c’est la misère totale! C’est honteux de dire ça, mais souvent je n’arrive même pas à acheter du pain pour ma famille!", ajoute-il.
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  •    "La révolution n’a rien changé pour nous. Nous sommes toujours aussi pauvres  et oubliés par les responsables", renchérit Abdelmajid, un autre agent de la municipalité.
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  •    "Nous n’allons pas caler jusqu’à ce qu’ils (les autorités) régularisent notre situation, nous ne demandons pas des augmentations tout de suite mais au moins qu’ils procèdent à notre titularisation", a-t-il averti.
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  •    Le 10 février, la municipalité de Tunis a annoncé sa décision de "titulariser tous les agents temporaires et contractuels à partir du mois de février".
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  •    "Cette décision n’a pas été appliquée sous prétexte qu’il n’y a pas assez d’argent, nous ne demandons pas des millions seulement la titularisation",  crie Salem, agent municipal depuis 22 ans.
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  •    "Qu’ils soient honnêtes avec nous!", dit-il avant de promettre que si la municipalité respecte ses engagements "tous les agents sont prêts à travailler jour et nuit sans relâche pour tout nettoyer".
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  •    "On est prêts à les bouffer, ces ordures, s’il le faut, mais qu’ils montrent leur bonne foi", s’emporte Salem.
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  • Ennaharonline
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