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Tunisie: des tortionnaires sous Bourguiba devant la justice spécialisée

Un troisième procès devant la justice spécialisée tunisienne a débuté mercredi, cette fois pour la mort sous la torture d’un opposant de gauche à la fin du régime de Habib Bourguiba, en présence de deux policiers accusés, a indiqué l’avocate des victimes.

Il s’agit de la troisième affaire instruite par l’Instance vérité et dignité (IVD) créée en 2014 pour solder les comptes des dictatures et des troubles de l’après révolution de 2011.
C’est la première fois que des accusés sont présents sur le banc lors d’un de ces procès, en dépit de l’appel d’un syndicat policier à ne pas répondre aux convocations de l’IVD, lancé sur Facebook fin juin.

L’audience a eu lieu en présence de deux policiers inculpés, a indiqué Me Leïla Haddad, conseil de la famille Baraketi, mais en l’absence des autres responsables poursuivis dans cette affaire, dont l’ex-président Zine el Abidine Ben Ali, à l’époque ministre de l’Intérieur.
Les cours spécialisées mises sur pied dans le cadre du processus de justice transitionnelle ont commencé leurs audiences fin mai, avec une première affaire de disparition forcée et torture d’un militant du mouvement islamiste Ennahdha en 1991.

Le procès qui a débuté mardi au Kef (nord-ouest) concerne Nabil Baraketi, un instituteur et militant communiste arrêté en avril 1987 à Gaafour, dans le gouvernorat de Siliana (nord).
Son corps avait été retrouvé dans un canal des environs en mai 1987, avec des traces de torture et une balle dans la tête.
Lors d’auditions publiques organisées en 2016 par l’IVD pour tourner la page de l’autoritarisme, le frère de Nabil Baraketi, Ridha, avait réclamé que le commissariat de Gaafour soit transformé en musée contre la torture.
“La plaie ne s’est pas refermée, on n’a pas fait le deuil”, avait-il déclaré.
“Nous avons besoin de voir tous les responsables de la mort de Nabil, y compris ceux qui ont contribué à étouffer cette affaire, déférés à la justice”, a-t-il également déclaré à l’ONG Amnesty International.
L’IVD a le pouvoir de renvoyer devant des tribunaux spécialisés les responsables présumés de viols, meurtres, tortures ou faits de corruption entre juillet 1955 et 2013.
Elle a reçu plus de 62.000 dossiers et renvoyé ces derniers mois quelques dizaines de cas devant les tribunaux spécialisés, mais son travail a été entravé par des pressions et divisions internes, et la prolongation de son mandat jusqu’à fin 2018 est contestée.

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