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Turquie: Erdogan reste ferme face aux manifestants

 

Le Premier ministre turc Recep tayyib erdogan a répété jeudi son refus de céder aux milliers de manifestants qui exigent depuis sept jours sa démission et à nouveau dénoncé l’implication de "terroristes" dans le mouvement de contestation.Quelques heures avant de rentrer dans son pays à l’issue d’une tournée de trois jours au Maghreb, le chef du gouvernement a exclu de revenir sur le projet d’aménagement de la place Taksim d’Istanbul, à l’origine de la fronde qui agite l’ensemble de la  turquie."Nous mènerons ce projet à son terme (…) nous ne permettrons pas à une minorité de dicter sa loi à la majorité", a-t-il martelé à Tunis.Comme il l’a déjà fait, M. Erdogan a aussi dénoncé la présence d’"extrémistes", certains "impliqués dans le terrorisme", montrant du doigt sans le nommer le groupe d’extrême gauche turc DHKP-C (Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple) qui a revendiqué un attentat en février contre l’ambassade des Etats-Unis à Ankara.Selon le ministre turc des Affaires européennes egemenbagis  cité par les médias turcs, le Premier ministre ne devrait pas s’exprimer à son arrivée à l’aéroport d’Istanbul, mais plutôt faire une déclaration vendredi.Signe de la nervosité des marchés après l’intransigeance affichée par M. Erdogan, la Bourse d’Istanbul a chuté de 4,70% à la clôture.Le Premier ministre doit retrouver jeudi soir son pays en pleine agitation. Comme les soirs précédents, des dizaines de milliers de manifestants ont déferlé jeudi à la nuit tombée sur l’emblématique place Taksim d’Istanbul aux cris de "Tayyip, démission!", déterminés à relever le défi lancé par le chef du gouvernement."Il ne veut rien changer mais on va le contraindre à le faire. Je ne sais pas quand, mais il changera", a assuré à l’AFP un des manifestants, Mersad Jahed."Je ne pense pas qu’il changera d’avis", pronostique, plus pessimiste, Mehmet Cirkkoglu, un employé de bureau, "et même s’il le faisait, il ne le reconnaîtrait pas, il le ferait annoncer par un des ministres".Pour la première fois depuis le début de la contestation, des incidents ont été signalés mercredi à Rize, sur les bords de la mer Noire (nord-est), entre des contestataires et des partisans du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002.Les défenseurs de M. Erdogan sont jusque-là restés discrets, mais le Premier ministre s’est targué à plusieurs reprises du soutien d’une large partie de la population – l’AKP a obtenu 50% des suffrages aux législatives de 2011 – et a donné rendez-vous à ses adversaires aux élections locales de 2014 pour exprimer leurs doléances.Bras de ferPour éviter une confrontation avec les manifestants, le vice-Premier ministre Huseyin Celik a exhorté les partisans de l’AKP à ne pas accueillir leur champion à l’aéroport jeudi soir. "Le Premier ministre n’a pas besoin de faire étalage de sa puissance", a dit M. Celik.Samedi, M. Erdogan lui-même avait pourtant envisagé ce scénario. "S’ils veulent organiser des rassemblements, si c’est un mouvement social, et bien quand ils réuniront 20 personnes, j’en réunirai 200.000", avait-il prévenu, "et quand ils seront 100.000, je mobiliserai un million de membres de mon parti"."J’ai peur parce ce que je ne sais pas ce qu’il va faire", confiait à quelques heures du retour du chef du gouvernement Ezgi Ozbilgin, une enseignante de 24 ans qui occupe le parc Gezi, dont la destruction annoncée a mis le feu aux poudres vendredi. "Ses partisans sont des moutons", a-t-elle ajouté. "Si Erdogan leur dit de se battre, ils le feront".Malgré le discours conciliant fait depuis deux jours par le vice-Premier ministre Bülent Arinç, les manifestants, qui dénoncent l’autoritarisme du Premier ministre et une islamisation rampante de la société turque, restent très déterminés.Mercredi, une délégation de représentants du mouvement de contestation a remis à M. Arinç une liste d’exigences, parmi lesquelles le renvoi des chefs de la police de plusieurs grandes villes, dont Istanbul et Ankara, et la remise en liberté des personnes interpellées.M. Erdogan a indiqué jeudi que sept étrangers "impliqués dans les troubles" avaient été interpellés en Turquie, sans autre détail.Son ministre de l’Intérieur Muammer Güler a précisé ultérieurement que deux de ces sept personnes – deux Français, deux Iraniens, un Grec, un Allemand et un Américain – avaient été remises en liberté.A Adana (sud), un policier a succombé à ses blessures après être tombé d’un pont mercredi en poursuivant des manifestants, a annoncé jeudi la chaîne de télévision privée NTV. Il s’agit du premier mort dans les rangs de la police depuis le début, le 31 mai, de la contestation, qui a aussi fait deux morts chez les manifestants.Outre les trois morts, 4.355 personnes ont été blessées dans ce pays en une semaine, dont 47 très grièvement, a déclaré jeudi le syndicat des médecins turcs. Le dernier bilan officiel faisait état de "plus de 300" blessés à peine.

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