Culture

Vivre après Tchernobyl sur "La Terre outragée"

   

     C’était un jour de fête, un mariage au  bord de l’eau, une noce noyée par l’orage avant d’être engloutie par la  catastrophe: dix ans après Tchernobyl, Anya qui a perdu son jeune mari ce  jour-là revient hanter cette "Terre outragée".  Pour son premier long métrage de fiction qui sort mercredi en France, la  jeune réalisatrice franco-israélienne Michale Boganim s’est lancée un double  défi: convaincre les autorités ukrainiennes de tourner dans "la zone" et la  "James Bond Girl" ukrainienne Olga Kurylenko de prêter ses traits à son héroïne.    Paris tenus et réussis qui emportent les spectateurs à Pripiat, ville  fantôme située à 3 km de la centrale accidentée en avril 1986, évacuée du jour  au lendemain par ses 50.000 habitants et rendue à une nature sauvage et  empoisonnée.    "C’est une ville figée au jour de la catastrophe, le temps y est suspendu  entre passé et présent dans un mélange troublant, avec les bibliothèques, les  classes d’école", raconte Michale Boganim.    Elle évoque "un tournage rock’n roll" avec des autorités méfiantes  auxquelles il a fallu soumettre un scénario un peu trafiqué pour décrocher les autorisations de tournage.    Car le principe même du film, comment la dimension humaine de la  catastrophe a été gommée par le pouvoir qui a ordonné l’exode, sans un mot  d’explication, imposait de tourner in situ. Dans la chaleur de l’été (avant  l’accident) puis la neige de l’hiver (dix ans après).    Ce 26 avril 1986, Piotr célèbre son mariage avec Anya et Alexeï plante un  pommier avec son petit garçon, Valery.    Le premier est appelé sur la centrale en feu et n’en réchappera pas; le  second, ingénieur, condamné à mentir sur la gravité des faits et la  contamination préfère disparaître. Tous deux laissent derrière eux des êtres  aimés, désemparés.    Dix ans plus tard, Anya ne parvient pas à s’arracher à sa ville natale et   devient guide, quinze jours par mois – le maximum autorisé – dans "la zone",  toujours contaminée par la radioactivité et pourtant habitée par des squatters  clandestins; Valery, cherche son père en refusant l’hypothèse de sa mort,  laissant lors d’un visite, des messages sur les murs de son ancienne chambre.    "C’est un film sur l’exil, l’impossibilité de faire le deuil de sa terre  d’origine: les évacués n’ont jamais réussi à reconstruire une vie ailleurs",  reprend la réalisatrice.    "Le plus grand traumatisme, juge-t-elle, ce fut l’évacuation: partir sans  la moindre information. On a envoyé les chars et l’armée contre la  radioactivité en laissant les gens dans l’ignorance. Ce n’est pas un angle que  les autorités voulaient privilégier, elles préfèrent les films à la gloire des  liquidateurs".    Quand son travail a été montré lors du Festival de Kiev, à l’automne, les  réactions ont été extrêmement violentes: "Un déferlement de haine", se souvient Michale Boganim qui a "regretté de l’avoir présenté".   "Etre une femme, une étrangère, sur un sujet aussi sensible, me conférait  tous les défauts. Mais leurs reproches sur le film même s’arrêtaient à des points de détails, complètement anecdotiques et marginaux".    Or, insiste-t-elle, "j’ai mis cinq ans à le faire et je l’avais préparé  comme un documentaire, avec le même souci de véracité et de précision".    L’actualité a fini par la rattraper alors que le tournage était fini: elle  était même en plein montage quand un séisme, suivi d’un tsunami, ont provoqué  ‘accident de Fukushima, au Japon.
 
 
 Algérie- ennaharonline

 
 
 

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